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Index de l'article
Historique
I . INTRODUCTION
II. HISTOIRE DE L’UNIVERSITE D’ALGER ET DE LA BIBLIOTHEQUE UNIVERSITAIRE
III. L’INCENDIE
IV. LA RECONSTITUTION DE LA BIBLIOTHEQUE UNIVERSITAIRE APRÈS L’INCENDIE
V. CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
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III. L’INCENDIE :

            "••• Toute tyrannie qui entre en agonie, tente 

d'entraîner dans sa propre mort, le plus

 grand nombre d'hommes possibles..."  

ZEIGLER J. - Contre l'ordre du monde, les rebelles,

 

1.- L'ORGANISATION DE L’ARMEE SECRETE (O.A.S.)

            Persuadé que l'issue de la guerre ne peut-être que politique mais maintenant une certaine ambiguïtés  Œuvre  dans le sens de l'Algérie française d'un coté et annonce l'égalité politique entre Européens et Musulmans d'Algérie admis comme citoyen à part entière, offre au Front de libération national (f.l.n.) «  la paix des braves ». Devant le rejet de cette proposition par les Algériens musulmans, le Général De Gaule, propose alors l'autodétermination qui implique un cessez le feu, puis des négociations directes, Mais c'est la reconnaissance de l’indépendance de l'Algérie qu'exige le F.L.N. comme plate forme à toute négociations. Les Européens d’Algérie descendent alors dans la rue, des officiers de l'Armée dressent des barricades à Alger du 24 janvier au 1er. février 1960, ( les auteurs constitueront plus tard l'état-major de l'O.A.S,) pour désapprouver la politique du général. Après les entretiens de Melun (25-29 juin 1960) - qui seront rompu par le F.L.N qui exige des négociations politiques — et les mots lançaient par le général De Gaulle « République algérienne », Alger connut des manifestations. Des heurts opposèrent le  10 décembre 1960 les défenseurs de la «  légalité républicaine « et De Gaulle, aux Européens d'Algérie qui étaient prêt à tout pour garder l'Algérie française. Ils sont dirigés par le Front Algérie Française (f.a.f.). Le 11 décembre, les musulmans d'Alger aux cris  « Algérie musulmane », « Algérie indépendante », manifestent à leurs tours. C'est la répression!•

       De Gaulle relance l'idée de l'autodétermination, les français de la métropole l'approuvent et le soutiennent. Le 4 mars 1961 apparaît alors pour la première fois à Alger, un tract parlant d'une Armée secrète, et des inscriptions O.A.S. apparaissent sur les murs d’Alger. Les Européens d’Algérie se sentant abandonnés, adhérent à ce mouvement et soutiennent alors le putsch militaire du 22 avril qui a germé dans l'esprit des militaires depuis décembre 1960, Les généraux Challe, Jouhaud et Zeller sont à la tête du mouvement. Et dans la proclamation de l'état de siège ou l’Arméeannonce le contrôle de l'Algérie et prête serments : »Sauver l'Algérie pour la France », le nom d'un quatrième général apparaît au bas de la page : Salan.  A partir de 1961, l'O.A.S. se structure. Le groupe de Madrid (Argaud, Lagaillarde, Lacheroy, s’enfuient à Madrid durant leur jugements lors du procès des barricades) se rallie au groupe d'Alger ( Salan, Gardes, Godard). Elle est  composé d'officiers déserteurs, de militaires en activité et de civils. Après l'échec des premières négociations  Algéro-française de Bizerte, l'O.A.S., espère un changement dans la politique du général, mais se rend compte que tout est perdu. Son action va prendre une autre formes Bénéficiant de la quasi impunité voire même de la complicité des forces «  légales « , son action et ses méthodes prennent de l'ampleurs « Festival du Plastic », « Opération Ttricolore »,  » Opération Fatma », les manifestations : » Casseroles », « Oriflammes », « Embouteillage ». Elle devient une véritable force politique. Elle intimide, menace, exécute, mobilise ; C'est l’époque ( ou l’épopée pour certains ) des attentats, la chasse à l'Arabe, le plasticage. « L'O.A.S. frappe ou elle veut quand elle veut , quant elle veut et comme elle veut ! »  dit son mot d'ordre.

           Les négociations avec le G.P.R.A. ( 7-19 mars 1962 ) aboutissent aux accords d’Evian et à un cessez le feu. Dés leurs signatures, l'O.A.S. accentue son activité terroriste avec une violence désorganisée pour empêcher la réalisation des accords » et dans le but d'apaiser l'atmosphère, le F.L.N tente une action de négociation avec l’organisation l'organisation fasciste. Le 18 mai 1962 eut la rencontre entre le président de l’exécutif monsieur FARES Abd ERRAHMANE et celui de l'O.A.S. : SUSINI. Mais le pire arriva :  le 6 juin 1962 une émission pirate de l'O.A.S. déclare » Les pourparlers engagés par l'O.A.S. ont été sabotés par le pouvoir gaulliste. Nous nous trouvons aujourd'hui dans une impasse, parce que nous ne pouvons accepter que seuls les accords d'Evian garantissent l'avenir de la communauté Européenne et que celle-ci tombe sous le joug de l'A.L.N…en conséquences, l'O.A.S. reprend sa liberté  d'action à partir de ce soir. Nous demandons à nos commandos de reprendre les opérations, en visant surtout les objectifs économiques. Les femmes, les enfants et les vieillards sont toujours autorisés à partir pour la métropole, afin de faciliter même, l'application de la politique de la terre brûlée... ».  

        Ce passage, parmi tant d'autres, à lui seul, illustre et résume bien l'état d'esprit et la situation de la bibliothèque en ce 7 Juin 1962.  

         Les journaux en ont rendu compte, les spécialistes l'ont expliqué et on a criés et hurlés: « Vandales, pur vandalismes, Imbécillité, Crime contre l'esprit, Crime contre l’Humanité, Assassinat spirituel »(50). Et nous sommes, aujourd'hui, réduits encore aux renseignements abondants, mais plus ou moins précis, plus ou moins exacts, qui ont été donnés par la presse et les témoins. Nous ne proposons pas de donner ici les véritables circonstances de l'incendie, ni le chiffre exact des dégâts faute de témoignages oculaires et statistiques sur lesquels on peut compter. Des estimations ont été données ça et là, qui différent entre elles et qui parfois se contredisent, selon l'utilisation que l'on voulait faire de ces chiffres.

     Nous pensons cependant devoir résumer ici avec toutes les réserves qui s'imposent en pareil cas, les détails qui dans les nombreux articles que nous avons dépouille. nous ont parus de nature a intéresser le lecteur.

     Dans la première partie de ce travail, nous avons vu que Lagaillarde occupa l'université d'Alger et en fit de la bibliothèque son P.C. et une infirmerie. Cette remarque parait en premier lieu loin des causes directes de l'incendie. Cependant, cela démontre que déjà l'université était considérée comme le fief des ultras et tenant d'une Algérie-française. Et Lagaillarde, en l'occupant, savait qu'il était en sécurité parmi les « Siens » .

   Nous avons vu également comment cette université fut la cible de deux attentats (successivement en Avril et Mai 1962). L'Université était déjà sur la liste des « œuvres françaises qu'il ne fallait pas laisser au F.L.N » car à travers l'incendie de la bibliothèque c'était l'université qui était visée, toute l'université et pasuniquement la bibliothèque!

     La situation politico-militaire était pour les uns brouillée, pour d'autres, on ne peut plus claire. L'Algérie musulmane n'était plus cet espoir qu'on garde jalou­sement au fond de soi-même, ni ce mot d'ordre que l'on opposait au fameux « Algérie-Française ».

     Une réalité s'installa et tout le monde devait accepter les « nouvelles règles du jeux »les règles de la réalité historique , même le chef de l'Organisation fasciste O.A.S. Jouhaud, qui du fond de sa prison déclara que « L’Indépendance de l'Algérie était maintenant un phénomène irréversible, que l'Algérie française était impossible, bref que la partie était perdue ». Tous acceptèrent la nouvelle situation sauf l'Organisation de l'Armée Secrète1 qui décida d'appliquer la « politique de la terre brûlée ». Ainsi, après l'attentat contre les hommes, ne sachant plus comment haïr  l'humain, les commandos fascistes détruisent les bâtiments, brandissant l'imbécile prétextes «  Nous ne partirons pas en laissant ici tout ce que nos pères ont édifiés...nous irons jusqu'à la limite humaine possible.. » (51), Et l'Université d'Alger était l’œuvre des grands parents!» Comment la détruire?» la faire sauter?, tel Néron avec l’Alexandrie ou les allemands avec  Louvain ,Sharon à Beyrouth, Milesovic ,… jalonner l'histoire d'un énorme incendie? » marquer l’humanité d’une cicatrice,. Aujourd’hui dans le droit international on utilise un nouveau concept passible de droit pénal  international :  la destruction des bibliotheques est considérée comme un « Mémoricide » un « Crime contre l’Humanité « *

     De par sa position topographique,  la Faculté des Sciences et ses laboratoires à sa droite, la bibliothèque avec ses tonnes de papiers, ses rayons et sa boiserie (Rayonnages et tables ) constitue l'endroit stratégique et rêvé! en plus, un bâtiment, on peut le reconstruire mais un livre détruit est perdu à jamais, une bibliothèque détruite c'est tout un savoir qui part en fumée! « et c'est toujours ça que le F.L.N. n'aura pas ! »

     La bibliotheque de Louvain a été complétement détruite par les allemands le 25 aout 1914 lors de l’occupation de la Belgique.Letraité de paix de Versailles stipulait que l’allemangedevrait, en guise de réparations à la Belgique, payer 10 millions de francs pour l’achat de livres. De plus pour compenser la perte de 1750 livres rares de  Louvain, les bibliothèques allemandes devaient offrir les doubles de leurs collections de livres rares... » (52)

    Dans son rapport  établie  Mémoire du monde : Mémoire perdue - Bibliothèques et archives détruites au XXe siècle/préparé pour  l'UNESCO par Hans van der Hoeven  Aucune information  n’a été mentionnée concernant la B.U. d’Alger !  Simple oubli de la part d’experts aussi eminent et d’une organisation ou….

     Nous ne pouvons décrire avec exactitude les circonstances de l'incendie en l'absence de témoins oculaires; la chasse à l'arabe battait son plein et personne n'osait s'aventurer dans les quartiers Européens. Le personnel algérien de l'Université, craignant la mort (surtout après l'assassinat de monsieur MATIBEN, secrétaire général de la Faculté de Médecine) quitta les lieux du travail environ deux mois avant l'incendie.

   Néanmoins, à travers quelques témoignages, nous avons pu reconstituer non les circonstances, mais les indices qui nous permettent d'avancer que l'incendie n’était pas ce coup imprévu lancé par un moribond dans ces derniers soubresauts mais un attentat prémédité, programmé à l'avance :

   Le départ prématuré du personnel européen, malgré l'appel lancé par la même organisation, menaçant de mort quiconque quitte l'Algérie, « Le personnel européen avait regagné la métropole « appelé en stage » à Paris » (53).

     Le plus ancien magasinier Arabe, monsieur KHODJAT, se souvient que quelques jours avant l'incendie, le conservateur en chef de la bibliothèque fut « prié » par des personnes, parmis eux des magasiniers de la bibliothèque qu'on soupçonnés d'appartenir à l'Organisation fasciste, de quitter l'appartement qu'il occupait à l'intérieur même du bâtiment de la bibliothèque et ce dans les plus bref délai!.

      Et enfin ce témoignage d'une bibliothécaire, après l'incendies «  Ceux qui, ont commis ce crime, savaient exactement ce qu'ils faisaient; ils avaient installé des bombes relais au phosphore aux endroits ou il y avait des documents les plus important : dans la salle de lecture qui a complètement brûlé et dans les magasins avoisinants, il y avait les usuels.. » (54).Cette affirmation semble confirmer la complicité sinon la participation directe  du personnel acquis aux thèses des ultras tenant  de l’Algérie française  de la bibliothèque à l'incendie.  

     Nous ne pouvons continuer dans nos investigations en quête d'indices pour reconstituer les circonstances de l'incendie. Ceux que nous venons de citer auraient dû être considérées comme de sérieux avertissements par une Armée légale qui occupait  l'université « Pour assurer une protection plus efficace »(55).On est en droit de se poser des questions : l'Armée était-elle complice?,s'est-elle « laissé faire »,..

      Et le 7 juin 1962, « Trois puissante déflagrations secouaient vers midi quarante, le centre d'Alger. Des bombes au phosphore venaient d'exploser dans l'enceinte des Facultés provoquant un incendie monstre, d'épais nuages de fumée noire s'élevaient au-dessus des bâtiments en flammes, obscurcissant le ciel, barrant l'horizon » (56). La violence des flammes s'était dans cette lutte, successivement exercée avec unerage indomptable, sur la proie facile que leur offraient les livres, le bois et les produits chimiques des laboratoires de la Faculté des Sciences.  «  Les pompiers avec une seule lance et beaucoup de négligence luttent contre le feu » et aujourd'hui, l'on se demande si le rôle de ces pompiers n'était pas d'accentuer les dégâts, carune grande partie des collections que le feu épargna, fut détruite par l'eau, même si le prétexte avancé était d'empêcher le feu de se propager. ( En effet, d'après les témoignages, les pompiers dirigeaient les lances vers les parties non atteinte par le feu, noyant les livres.).

   Commencèrent alors les comptes-rendus de la presse qui minimisait ou aggravait l'événement selon l'optique politique :

     Ainsi «  France-Soir «  « Les bourgeois cossus de la rue Michelet ! contemplent l'énorme fumée des flammes qui dévorent la bibliothèque universitaire ou brûlent  600.000 volumes, deux amphi., les laboratoires de la Faculté des Sciences . Bans le bar d'en face, une foule joyeuse d'étudiant commente l'événement au milieu du bruit des anis «  (57). Tels sont les dégâts estimés par ce quotidien.

  « La bibliothèque, le laboratoire des sciences, plusieurs amphithéâtre de Médecine ont subis entre autre des dégâts considérables, 500.000 volumes de la B.U. ont été détruits par le feu «  réplique le «  Figaro ».  » 500.000 volumes ont été détruits, ainsi que le premier étage de l'immeuble, la salle des professeurs, les amphi. de Chimie et des Sciences et le laboratoire de pathologie » selon les estimations du quotidien « Paris le jour »

    Quand au quotidien « Le Monde » dans son édition du 9 juin 1962: » Un incendie criminel ravage l'université... trois grenades au phosphore ont explosées dans la bibliothèque ainsi que prés de la salle des professeurs, des amphi. de Chimie et des Sciences et au laboratoire de Pathologie, les auteurs de l'attentat avaient utilisés en sus des engins incendiaires des bidons d'essence» Prés de 600.000 volumes et documents ont été la proie des flammes « .

     Yves Courriérerelatant l'événement écrivait; « Le 7 juin 1962, un panache de fumée couronna Alger. La bibliothèque universitaire venait de sauter. 600,000 livres brûlaient... On n'allait quand même pas leur laisser « notre » culture et « notre » science «  (58).

       Et Robert Buron (un des représentant du gouvernement français aux négociations des accords d'Evian) de renchérir «  Ceux qui l'ont brûlé, voulurent fermer l'accès de la culture française aux élites algériennes, par la même, sans doute, avouaient la considérer à eux seuls réservés » (59).

     Le journal «  France-Soir « va jusqu'à comparer l'événement avec l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie « ...Pendant des siècles, l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie par les arabes (sic) a été un objet de scandale et d'indignation par l'Occident. Les restes des 500000 volumes qui contenaient toute l'histoire de la littérature de l'antiquité disent les manuels auraient été brûlés en 641 sur l'ordre du Khalifa Omar. Mais cela n'a pas empêcher la légende d'en faire l’exemple le plus monstrueux de vandalisme et de barbarie. C'était bien la peine assurément de reprocher ce crime contre la civilisation aux arabes pendant des siècles pour essayer  d'en faire autant à Alger en l'an de grâce 1962 «*   

       La liste des comptes-rendus est longue, mais l'absurde ne s'explique pas! L'Incendie de la bibliothèque universitaire d'Alger n'a rien de commun avec les traditionnels autodafés où les nouveaux maîtres au pouvoir passaient ou passent  jusqu'a nos jours au feu toute littérature qui va à contre courant. L'Incendie de la « bibliothèque universitaire d'Alger et par de là de l'Université; c'était priver un pays d'une partie de sa mémoire, c ‘était priver un pays au seuil de l'indépendance de l’instrument de culture et de savoir, indispensable à la formation de ses cadres ,afin de l'asservir encore plus. Pour les tenants de l’Algérie française ,ceci a un nom précis, cela s'appelle « Terre brûlée »!.

        « Le sinistre faisait encore rage quatre heures plus tard dans les locaux de l'Université, complètement isolés par les pompiers et par la troupe : la bibliothèque, le laboratoire des Sciences, plusieurs amphithéâtres de Médecine ont subi entre autres, des dégâts considérables. Tout le passé et un avenir de culture sombrait dans la fournaise. Les 500.000 volumes de la bibliothèque ont été détruits par le feu» La chaleur dégagée par le foyer était telle qu'on ne pouvait approcher à moins de cent métrés" (60).

 

 *Les légendes ont la vie dure. Celle de la bibliothèque d'Alexandrie est une des plus tenaces. A son propos, nous ne savons ni quand ni comment ni pourquoi cette légende s'installa dans l'esprit des gens. Selon l'encyclopédie Universalis, page 623, la bibliothèque en question « brûla en 47 avant J.C. quand Jules César, pour éviter que l'ennemi ne s'emparât de sa flotte laissée sans surveillance dans le grand port fit incendier la flotte égyptienne et les arsenaux, ce qui communiqua le feu aux précieux livres ».

 3. ETAT DE LA BIBLIOTHEQUE APRES L'INCENDIE

            Nous n'avons nullement l'intention de dresser ici la liste des dégâts subit par la bibliothèque universitaire après l'incendie. Un feu qui met cinq heures pour être circonscrit ne laisse généralement pas grand chose si ce n'est que « La salle de lecture était totalement ravagée, il ne reste que les hauts murs léchés de flammes et des archers béantes, dans les magasins presque entièrement détruits, traînent des livres calcinés, ce qu'on a essayé de récupérer est pratiquement inutilisables » (61)

            Des murs calcinés, des livres brûlés ou « flottant » dans l'eau et des cendres. Les  quelques  compte-rendus de la presse que nous avons repris plus haut, les photos sont très explicite et tout se passe de commentaires! Les dégâts « matérielles » furent estimés à 14 millions de dollars.  

A .LE BATIMENT :

        De la salle de travail, des bureaux avoisinants, de la réserve, de la salle des catalogues, des magasins du premier étage et du magasin central (situé au dessus de la salle de travail), il ne reste que des murs calcinés à moitié détruits et des poutres en fer à moitié tordu. Seul les deux magasins situés aux ailes de la bibliothèque (Médecine et Géologie) et les magasins du sous-sol situé au dessous de la salle de travail furent épargnés, encore que ce dernier a subit de très graves dégâts dû à l'eau répandue par les pompiers pour « empêcher » la propagation de  l'incendie  La toiture n'existe plus, elle donne directement sur un ciel bleu de ce mois de juin. L'empreinte de la guerre et de la bêtise humaine, « l'acte de folie furieuse, de pur vandalisme et plus encore d'imbécillité » (62) est là présent, narguant ce peuple qui se dirige en ce début de juillet vers les urnes pour enterrer à jamais ce genre d'images qui n’ a que trop duré!.

 B. LES FONDS :

        Nous pensons qu'il est trop tard aujourd'hui pour pouvoir donner le chiffre réel du nombre d'ouvrages brûlés. Les statistiques que nous avons pu avoir en plus des  compte-rendus de la presse qui le chiffre soit à 500.000 ou 600.000 volumes, émanent de deux sources officielles que nous avons considérées comme documents de   base pour ce chapitres :  Le Rapport présenté par la Direction des Bibliothèques de France qui avait accompli une mission en Algérie du 10 au 30 Avril 1964 à l'initiative de l'Association France-Algérie et dont l'un des trois membres de la commission est un ancien bibliothécaire à la B.U.d'Alger. Le deuxième document officiel est le Guide de la bibliothèque de l'Université d'Alger édité en 1975(Réédition 1985).(Voir rapport II en annexe). Ces deux sources, établies respectivement quelques deux années après l'incendie et cinq années après la réouverture de la bibliothèque en 1968, sont les seules capables de nous fournir des renseignements sérieux quand aux dégâts subit par les fonds• ;Le premier rapport signé par  M. MALLON Juillet Conservateur des Archives de la Marine à Alger Chargé des Cours d’épigraphie et de paléographie latine  à la Faculté des Lettres en date du 27 juillet 1962 1962, ne peut être prit en compte dans notre travail vu la date à laquelle il a été rédigé.

        Les derniers statistiques officielles du fond général de la bibliothèque universitaire avant l'incendie, datent de 1958 (d'après le Cinquantenaire de l'université d'Alger et que le rapport de la commission française reprend) et se chiffrent à 245591 thèses et écrits académiques et 242.270 monographies et périodiques soit un total de 485.861 volumes. En 1962, ce chiffre dépassera les 500.000 pour atteindre quelques 600.000 volumes(comme nous l'avons vu. précédemment), chiffre que nous avons  retenu car mentionné dans tout les compte-rendus relatives au fonds général de la bibliothèque.

 Si d'après le rapport de la commission françaises «  185.000 volumes ont été retrouvés  intacts, un nombre compris entre 150.000 et 200.000,et plus voisin de ce dernier  chiffre a été brûlé », cela nous donne déjà une certitude; le nombre de « 600.000 » et « 500.000 » volumes brûlés avancé Ça et là par différent voix et illogique et faux. Le fonds de la bibliothèque n'ayant pas été détruit complètement car le chiffre avancé suppose que la bibliothèque universitaire avait été rasée de fond en comble. Seulement, si l'on prend les chiffres donnés par le rapport, c'est à dire 185.000 (nombre d'ouvrages trouvés intacts) auxquels on ajoute les 200.000 (estimation des livres brûlés) nous obtiendrons alors 385000volumes dont le sort est déjà réglé c'est à dire brûlés ou récupérés. Reste alors 215.000 volumes, même en estimant  que  des ouvrages ont été volés ou transférés en France, on ne peut les estimés à ce nombre.

      Les signataires du rapport, en joignant un tableau récapitulatif des fonds de la bibliothèque universitaire, utilisaient les mots « Brûlé » et «  Détruit ». Si l'on se référé aux dictionnaires : Le Robert, au mot « Détruire », on peut lire entre autre : » Détruire par le feu «  et nous renvoi à «  Brûler » «  Incendier: réduire en cendres « - Au mot «  Brûler « , on peut lire ceci: «  Altérer par l'action du feu, par la chaleur.  « Altérer », veut dire »détériorer, gâter ».

        Donc selon le rapport, on peut traduire « Détruits » par  inexistants et « Brûles » par « inutilisable » .

       Voyons maintenant les tranches numériques qui selon le rapport (incomplet d'ailleurs puisque certaines tranches du fonds général n'avaient pas encore subit de recollement ou étaient en cours de recollement, d'ou l'impossibilité de prendre ces chiffres aveuglément) ont été détruits

  • De 1 à 3999 :En grande partie détruits recollement en cours (soit une différence de 5998 titres).
  • De 10001 à 11999 Détruits (soit 1998 titres).
  • De 50000 à 55450 Détruits (Soit 5450 titres).
  • De 60000 à 61000 Détruits (Soit 1000 titres) (Cette tranche est celle des périodiques).
  • De 62001 à 62999 Détruits (Soit 198 titres) ( Tranche réservée aux périodiques)
  • De 205000 à 219999 En partie détruits, en cours de recollement (Soit 14999 titres)
  • De 220000 à 303999 En partie détruits (Soit 83999 titres).
  • De 304001 à 408062 Totalement détruits (Soit 104061 titres)

       Si l'on suppose que la moitié des ouvrages  dont la tranche numérique est en parti détruite et/ou le recollement est en cours, le chiffre globale des ouvrages détruits selon le tableau, s’élève déjà à 164.204 titres, sans compter le fond des thèses et ­le nombre de volumes de périodiques dont le chiffres donné ici est par titres de revues. La deuxième version est celle donnée par le « Guide de la bibliothèque ». Là aussi la aussi le même principe est utilisé, c'est à dire par tranche numérique. Ce guide établi en1975 donc après la réouverture de la bibliothèque est le plus complet, car toutes  les opérations de reconstitution des fonds ont été terminées (Logiquement). Le guide nous donne un tableau de trois colonnes;

  1. Ouvrages entièrement détruits.
  2. Ouvrages détruits, en partie remplacés.
  3. Ouvrages entièrement détruits»

 1. Ouvrages entièrement détruit :

  • De 10001 à 11999 titres (Soit 1198 titres de différence).
  • De 50001 à 55450 titres (Soit 5449   "    "    "   "   ).
  • De 60000 à 60999 titres (Soit 999    "    "    "   "   ). Tranche réservée aux périodiques.
  • De 304001 à 408062 titres ( Soit 104061 titres de différence).

Soit un total de 112.507 Titres brûlés, inexistant.

 2. Les ouvrages détruits en partie remplacés :

        Sont les thèses dont les chiffres extrêmes n'ont pas été donné par les deux documents utilisés.

 3. Ouvrages en partie détruits ou détériorés :

  • De 1 à 959 (Le rapport de la commission française mentionne qu'une grande parti-dé cette tranche a été détruite)
  • De 4001 à 9937.
  • De 20001 à 49999.
  • De 220000 à 303999.

       Là aussi, si l'on considère que la moitié de ces tranches sont inexistants ou inutilisables donc perdues pour la bibliothèque, nous obtiendrons le nombre de 64455 à qui on ajoute le nombre de 112507 brûlés, nous obtiendrons alors 176.962 ouvrages détruits sans compter le fond des thèses et périodiques.

       Nous avons essayé, à partir des données existants actuellement à la bibliothèque de donner un chiffre qui se rapproche le plus de la réalité. Pour cela, nous avons procédé à l'étude des fonds de la bibliothèque par » types de documents », en nous basant sur les registres existant ainsi qu'une étude bibliométrique des ouvrages entrés à la bibliothèque avant juin 1962 et à partir de 1963.

A. MONOGRAPHIES :

            Le dernier chiffre que nous avons concernant ce type de documents, date de 1958? c'est à dire quatre années avant l'incendie. Il s'élève à 242.770 volumes (périodiques inclus). Selon leurs tranches numérique, et pour des raisons d'ordre matérielles, ce type de documents était placé dans divers magasins :

  • De 1 à 9999 : Magasin du sous-sol (au dessous de la salle).
  • De 10001 à 11999: Salle de lecture.
  • De 12000 ——— Magasin central.
  • De 20001 à 49999 Magasin du sous-sol (au dessous de la salle).
  • De 50000 à 55450 Salle de lecture.
  • De 55451 à 55999 Salle de lecture.
  • 105000 -— Magasin central.
  • 130000 ———  Magasin central.
  • De 205000 à 219999 Magasin du sous-sol (au dessous de la salle).
  • De 220000 à 303999             "   "   "   "   "     "    "    "    "    ).
  • De 304001 à 408062 Magasin central.

            Si les tranches numériques situés au magasin du sous-sol ont subit des dégâts dû à l'eau, les ouvrages récupérés et utilisables aujourd'hui ont gardés leurs anciennes cotes et se trouvent aujourd'hui dans un fond spécial dit « Fond Okba » et à l'intérieur du magasin de la « Réserve ».

            Le feu détruisant la salle et tout ce qui s'y trouvait (livres et matériels, voir plus haut tranches numériques) se propagea facilement au magasin central au-dessus de la salle de lecture, d'où l'importance des dégâts subit également par ses tranches numérique.

            A partir des registres (classeurs) du recollement fait en 1963-1964 concernant ce type de documents, nous avons comptés 78870 volumes existants, que l'on considère comme héritage de la nouvelle bibliothèque et récupérés après l'incendie.

 B.THESE:

           Placées exactement, à l'extrémité du magasin central, les thèses subirent de très grandes pertes.  Le dernier chiffre d'avant l'incendie (1958) les estimaient  à 245591 volumes. La tranche numérique qui leur était réservée commence à partir de 70.000.  

          Selon le « Rapport de la commission française » et le « Guide de la bibliothèque universitaire d'Alger » :

  • Les thèses de Lettres et Droit de Paris, respectivement 70085 et 75080.
  • Les thèses de Droit  de Dijon 70.045
  • Les thèses de Droit de Caen 70.051
  • Les thèses de Droit d'Alger 70.009.

furent détruite entièrement. En comptant le nombre de thèses entrés à la bibliothèque avant juin 1962 (selon la cote ou l'année est prise en considération), nous avons trouvés en tout et pour tout , le nombre de 88872 thèses, qui soustraite  au chiffre globale estimé à 245.591, nous donne un nombre de 154719 thèses détruits

            On peut expliquer ce chiffre du fait que les thèses des deux grandes universités (Lettres et Droit de Paris et Droit d'Alger), constituaient l'une par les échanges; l'autre par le dépôt, une source d'acquisition importante. Quand au «  à peu près intacts » que nous avons relevés du rapport de la commission française, concerne les thèses des autres universités. Aussi nous pensons que l'estimation n'est pas toute à fait crédible.  

C. PERIODIQUES :

        Le seul fond qui n'a pas subit beaucoup de dégâts est celui des périodiques qui était placé dans les magasins des ailes de Médecine que le feu n'a pu atteindre. Seul  quelques périodiques placés dans la salle ou à l'extrémité du magasin central furent détruits.

         Nous savons que la tranche numérique réservée à ce type de documents va de 60.000 à 69.999.

 Le rapport de la commission française chiffre les dégâts comme suit :

  • De 60.000 à 61.000 (Placés dans le magasin central) :; « Détruits ».
  • De 61.001 à 62.000 (Placés dans le magasin de l'aile de Médecine); « Intacts à l'exception de deux ou trois placés dans la salle de lecture ».-
  • De 62.001 à 62.199 (Placés dans le magasin central) « Détruits ».
  • 65.001-—- (Placés dans le magasin de l'aile de Médecine); « Intacts ».

En 1958, le chiffre donné par le « Cinquantenaire de l'Université d'Alger », s'élève à 1275 abonnements.

             Le « Guide de la bibliothèque universitaire » signale que seule la tranche allant de 60.000 à 60.999 fut entièrement détruite.

        Les chiffres donnés par la commission française sont vagues. En effet, après vérification du fonds des périodiques, nous nous sommes heurtés à quelques problèmes et qui constituèrent un obstacle nous empêchant d'avancer un chiffre exact  comme celui des thèses ou monographies. Après l'incendie, on a pu renouveler l'abonnement de certains périodiques détruits et qui ont gardés leur ancienne cote.

         En procédant à des vérifications sur les registres, et les magasins, nous avons constatés qu'aucun périodique de la tranche numérique allant de «  60.000 à 61.000 » n'existe pas dans les magasins. Sur les registres, la cotation va de » 60.000 à 61.000 » les titres occupent 117 cote, c'est à dire jusqu'à 60.117.

  • De 61.001 à 62.000 sur les registres
  • Le premier registre de 61.001 jusqu'à  61.405.
  • Le deuxième registre de 61.404 jusqu'à 61.999 puis un vide. pour reprendre à 62.200.
  • A partir de 62.000 jusqu'à 62.112 soit 112 titres qui sont barrés avec mention « Brûlés ».
  • De 62.113 jusqu'à 62.199, les cotes sont libres.
  • Enfin de 62.200 à 62.348 et de 63.001 jusqu'à 64.844 soit 117 titres de la tranche 60.000 à 61.000 et 111 titres de la tranche numérique 62.001 à 62.999 soit un total de 228 titres de périodiques brûlés.

             Le « Guide de la bibliothèque universitaire « lui, présente comme tranche numérique entièrement détruites, relative à ce fonds:  

        De 60.000 à 60.999 c'est à dire 117 titres car selon les registres cette tranche numérique n'était occupé que jusqu’à 60111  et elle n'existe nulle part dans les magasins de la bibliothèque de l'université.

          Nous avons (essayant de nous rapprocher le plus possible de la réalité) compté le nombre de volumes existant dans les magasins des périodiques et entrés à la bibliothèque avant juin 1962. En comptant la moyenne de volumes par étagères et multiplier par le nombre global des étagères des rayons occupés par ces périodiques nous avons pu l'estimer à 180.000 Numéros de périodiques que la bibliothèque a héritée d'avant l'incendie.

 1). FONDS SPECIALES:

             Ce fonds, mis à part les manuscrits et les cartes, ne bénéficiait d'aucun traitement spécial comme nous l'avons vu dans la première partie de ce travail. Les ouvrages anciens étaient classés selon leurs formats avec les monographies et étaient placés soit dans le magasin du sous-soi soit dans la salle de lecture. Un grand nombre de ces ouvrages anciens est inutilisable ou inexistant car détruit ou détérioré par le feu et/ou par l'eau. Les cartes n'ont pas subit de dégâts.

Les manuscrits :

               Là aussi, nous ne pouvons avancer un chiffre. En l'absence du registre d'inventaire qui se trouvait dans la réserve avec les manuscrits et brûlés,  avec selon les dires de Monsieur KHODJAT ancien magasinier, En procédant à des vérifications  avec les quelques rares manuscrits qui restent et qui se trouvent actuellement au niveau de l'atelier de relieur et les fiches catalographiques  que nous avons trouvées, une seule correspond à un manuscrit existant encore. Pour les autres, nous n'avons pas trouvés de fiche. Ce qui nous pousse a croire que leur nombre est beaucoup plus important qu'on le prétend (Dans son mémoire de D.S.B, DIDI A. avance l'idée que ce fonds était important qualitativement car quantitativement, il n'occupait qu'un pan de rayonnage). Le personnel arabe n'était pas « habilité » a servir certains fonds dont la Réserve où était placé ce type de document. Nous avons trouvé le registre des ouvrages en Réserve mais il n'y a aucun titre de manuscrit arabe. Preuve qu'ils avaient un registre propre. En 1985, à l'occasion du 19 Mai 1956 journée de l'étudiant algérien, monsieur BOUAYAD M., conservateur en chef de la Bibliothèque Nationale d'Alger, ancien président du « C.I.R.B.U.A», déclara concernant ce fond qu'il « n'a pas été brûlé mais transféré en France. »

        En conclusion, pour faire ressortir le nombre d'ouvrages brûlés, nous avons additionnés les nombres des ouvrages existant à la bibliothèque universitaire avant l'incendie et par fonds soifs 78870 volumes de monographies» 88870 volumes de thèses et environs 100.000 volumes de numéros de périodiques soit un total de  347742 volumes récupérés après l'incendie.

           A partir de ce chiffre, qui se rapproche le plus de la réalité, l'on peut obtenir en soustrayant du nombre global du fonds général de la bibliothèque estimé en 1962 à 600.000 volumes, le chiffre de 252.258 volumes brûlés ou n'ayant plus de trace à la bibliothèque universitaire d'Alger. Chiffre que nous avançons avec toute les réserves, n'ayant pas - comme nous l'avons souligné au départ - le chiffre exact et officiel du fond général de la bibliothèque même si tout les documents consultés l'estimaient à 600.000.  



 

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