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Index de l'article
Historique
I . INTRODUCTION
II. HISTOIRE DE L’UNIVERSITE D’ALGER ET DE LA BIBLIOTHEQUE UNIVERSITAIRE
III. L’INCENDIE
IV. LA RECONSTITUTION DE LA BIBLIOTHEQUE UNIVERSITAIRE APRÈS L’INCENDIE
V. CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
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II. HISTOIRE DE L’UNIVERSITE D’ALGER ET DE LA BIBLIOTHEQUE UNIVERSITAIRE

1. Sur la politique générale de l'enseignement colonial

            Nous ne pouvons parler de l’Université d'Alger sans la placer dans son contexte qu'est l'Enseignement. Quelle était la politique coloniale dans ce domaine?  La France depuis longtemps depuis sa Révolution, se voulait, se faisait l’héritière d'Athènes et de Rome, le tenant de l’étendart des Croisés,  et par conséquent, s'était acquise le droit de « propager les lumières » au nom de la  civilisation.

            La France, après le débarquement de Sidi-Ferruch, institua l’enseignement en Algérie pour ses enfants et les enfants des nations qui contribuent au peuplement de l’Algérie.

                Pour l’Indigène, le Musulman, c'est clair, il n'y a pas d’équivoque : »… Instruire nos sujets, c'est les rendre aujourd'hui nos égaux, demain maîtres … pas d'écoles indigènes, pas d'instruction, quelque élémentaire qu'elle soit... » On ferma alors les Medersas, les Ecoles coraniques, les Zaouias pour la simple raison: » La liberté d'enseignement n'existait pas pour les musulmans. »(2)

            L’administration française recherche un double objectif: Combattre les écoles arabes, foyer de l'Islam et du Nationalisme, et les empêcher de concurrencer les écoles françaises (3). Et ceci en vertu de l’article 8 du décret du 15 août 1875 qui donne droit au gouverneur général de s'opposer à l'ouverture d’établissement libre dans l’intérêt de l’ordre public.

            Mais comme le besoin exigeait  la  présence de « cadres » intermédiaires entre le colonisateur et le colonisé, des musulmans « Fils de notable », c’est à dire de « cette féodalité mercenaire qui avait été crée de toutes pièces par les colonialistes » eurent droit à cet enseignement.  Mais ce ne fut là qu'une goutte  d'eau dans l'océan. « Le taux de scolarisation, cite Ch.R.AGERON, voisin de 2% en 1888, n'atteignait quo 3,5% en 1902.  La France ne pouvait s’enorgueillir d'avoir scolarisé 5% à peine enfants musulmans »

            Pourtant, les témoignages sont formels: » En 1830, tous les algériens savaient lire, écrire et compter.  Et la plupart des vainqueurs, ajoute la commission de 1833, avaient moins d'instruction que les vaincus. Les Algériens sont beaucoup plus cultivés qu’on ne le croit note CAMPBELL en 1835. A notre arrivée, il yavait plus de cent (100) écoles à Alger, 86 à  Constantine, 50 à Tlemcen.  Alger et Constantine avaient chacune 6 à 7 collèges secondaires et l’Algérie était dotée de 10 zaouias (Université).  Chaque village ou groupe de hameaux avait son école.  Notre occupation leur porta un coup irréparable.  Du moins, les avions nous remplacées? Mgr DUPUCH nous répond, en déplorant qu'en 1840 il n'avait trouvé que 2 ou 3 instituteurs pour toute la province d'Alger. En 1880, on ne trouvait encore que 13 écoles Franco-Arabes pour toutes l’Algérie » (4 ).

            Ces quelques citations nous montrent l’ampleur du désastre et nous donne un aperçu général sur ce qu’était la politique coloniale en matière d'enseignement qui on ne peut plus clair était destiné aux enfants des colons dont la présence en Algérie était son peuplement.

            Nous allons maintenant aborder l'historique de l'Université d’Alger, bastion de la « mission civilisatrice ».

2. Sur l'Université d’Alger

            Dés le début de laconquête, l’armée française installa un baraquement pour servir d’hôpital afin de soigner les soldats malades ou blessés au cours des combats qui les opposaient aux habitants l'Alger.  Une de ces baraques fut aménagée en salle deconférence ou en 1832, le 2 janvier, le médecin principal du corps d’armée, STEPHANOPOLI donna son premier cours de physiologie. Les conférences d’anatomie descriptive seront assurés par le chirurgien major BAUDENS.

          Ainsi, l’armée jetait les premières pierres sur lesquelles sera bâtit l’enseignement  supérieur et par conséquent l’Université d’Alger.

            En 1857, à la demande de la Société le Médecine d’Alger, un décret datant du 4 août 1857 signa l'acte de naissance de l’école de Médecine. Mais  il a fallut attendre que la ville d'Alger la dote des crédits nécessaires à son fonctionnement. En 1859 l’école eut ses crédits.  Lors de sa première rentrée, le docteur DELACROIX annonçait déjà le but: « L'école d’Alger se distinguera des Ecoles de France par la composition de son personnel étudiant. Acoté des élèves français, viendront s'asseoir dans nos salles de cours, les jeunes gens de toutes les nations qui contribuent au peuplement de l’algérie (5). Il ajoutera plus loin «Bientôt peut-être, l’école de médecineaura pour complément une école préparatoire à l'enseignement des Sciences et des Lettres » (6 ).

            On attendra alors vingt ans pour voir déposer à la séance du parlement du 17 décembre 1877, un projet de loi qui sera voté le 20 décembre 1879.  Il instituait : « article 1. Il est Crée à Alger, à coté de l'école de médecine et de Pharmacie déjà existante, une école préparatoire à l’enseignement du Droit, uneécole préparatoire à l’enseignement des lettres.  La création de ces écoles, il faut le dire ne le devrait que grâce à monsieur BERT universitaire et homme politique qui dans son exposé des motifs, lançait les grandes lignes de cet enseignement supérieur : «Qui pourrait douter qu'un  enseignement  dans lequel les Sciences, les Lettres, le Droit seraient représentés, n’opérerait une salutaire action sur l'esprit d'une population intelligente, peut-être encore trop exclusivement préoccupée par la lutte pour l'existence sur un  sol à peine conquis... Jetés en plein pays arabe ou kabyle, à la merci d'un interprète ou même d’unChaouch sans connaître un mot de la langue, des mœurs, des coutumes de ces populations qu'ils vont administrer ou juger... Il faut que l'enseignement supérieur Algérien soit à la fois théorique et général, pratique et spécial » (7).

            Ces Ecoles prirent une telle ampleur, qu'ils vécurent une des plus graves crises et ce  entre 1900 et 1903.  Ces crises furent provoquées par des critiques: les uns les voulaient (les Ecoles) strictement « Algérienne », « locales », les autres voulaient qu'elles aientune porté « générale ». La question était axée sur la francisation, l’Algérianisation de  l'enseignement supérieur.  « Les écoles supérieures d’Alger doivent rester un foyer de haute culture,  mais elles doivent aussi s’adapter de plus en plus au pays ou elles vivent et pousser dans le sol algérien des racines vigoureuses.  Il faut que l'enseignement supérieur ait ici sa physionomie propre qu’il  collabore à tout ce qui s’y fait dans l’intérêt de la grandeur et de la prospérité du pays » (8).

            Mais la crainte de certains de voir l’Algérie s’éloignait de la « mère patrie », les poussaient  à se demander : « ... Est-ce que l’Algérie va tendre de plus en plus à sa particularité de terroir, à cet  algérianisme dont l’aboutissement pourrait s’accentuer sous bien de formes morales ou matérielles à des indépendances vis à vis de la France ? Ou bien est-ce que l’âme Algérienne, dans son élévation quotidienne, par son développement social, intellectuel et spirituel va se fondre dans l’âme  française? » (9).

            La crise, le débat ne concernait pas l'Algérien musulman, » l'enseignement est ouvert aux jeunes de toutes les nations qui contribuent au peuplement de l’Algérie », comme nous l’avons cité plus haut.  Plus tard peut-être, au besoin, l'enseignement supérieur ouvrira ses portes à quelques  musulmans, qui seront les cadres intermédiaires.

            Après  luttes et débats, l'enseignement supérieur en Algérie sortit indemne de la bataille. Mieux, il sortit vainqueur puisque le 27 juillet 1905, le Ministre de l'instruction publique, présenta dans une lettre au Gouverneur  général, un projet : celui de regrouper en une Université les Ecoles de Droit, de Médecine et de pharmacie, des Sciences et des Lettres.  Un vote de la chambre des députés signa la loi du 30 décembre 1909 relative à l'Université  d'Alger.

               Le nombre d'étudiant par école  en cette année là (1908-1909) était estimé à :        

            Discipline

Nombre d’étudiants.

            Droit

            336

            Médecine

            100

            Pharmacie

              16

            Sages-femmes

              23

            Etrangers ( ?)

              02

            Sciences

              05

 

Discipline

Nombre d'étudiants

            Candidats à la  licence   des langues vivantes

104

            Candidats au Diplôme d’Arabe

12

            Candidats au Diplôme de dialecte berbère

09

            Candidats au Brevet de  Kabyle

07

            Candidats au Brevet d'arabe

27

            Candidats à l'enseignement de l’Arabe

02

            Candidats au Professorat des Ecoles normale

28

            Candidats par correspondance

16

            Auditeurs de cours publics

311

         En   1921   les   statistiques   estimaient   la   population   Algérienne   musulmane à  « 4 923 186 »(10) malgré ce chiffre, le tableau ci-dessous (2) démontre que très peu d’arabe accédaient à l’université et qui explique clairement la politique de la France en matière d’enseignement supérieur.

Années

Droit

Sciences

Lettres

Médecine  & pharmacie

Total

             

 Mus*

Eur *

 Mus

Eur

 Mus

Eur

 Mus

Eur

 Mus

Eur

1919-1920

  0

614 

  2

310

   0

266

  15

344

  17

1534

1920-1921

 21

632 

  4

289

 17

263

  10

310

  47

1494

*Mus=Musulmans- Eur = européens

         Face à cette politique, pour les Algériens, il ne restait qu’une seule alternative : se diriger vers les Universités musulmanes de Fes, Tunis ou le Caire (Kaîraouan, El-Zettouna, AlAzhar).

           Après la première guerre mondiale, les Algériens, conscients des injustices et misères qu’ils subissaient et vivaient, eurent  le désir d’apprendre dans les écoles françaises. L’enseignement devint  alors l'une de leurs principales revendication, c’est ainsi « qu’en décembre 1927  fut crée à Paris l’association des étudiants Musulmans Nord Africains son but était « le regroupement de tous les étudiants Nord Africains pour permettre de mieux défendre leurs intérêts matériels et moraux » (11).

         Dans son premier congrès, cette association demanda l'enseignement de l'Arabe à tout les niveaux.  Puis « une mission scientifique fut envoyée à Tunis par les milieux culturels de Guerrara... elle créa une bibliothèque « El-Istiquama »  qui devait être suivant Ibn Yakdhan: « Une fondation d'ou sortirait  les Oulamas,  les littérateurs, les écrivains, les orateurs qui  travailleraient pour la patrie, le patrimoine et la renaissance nationale » (12).

           Des journaux, des revues furent lancées, des imprimeries furent crées, des medersas (malgré l'interdiction) virent le jour.  C’est la Nahda algérienne, la renaissance, un homme va briller et se fera aider d'hommes illustres: Le Cheikh Abd-el-Hamid Ibn Badis (1889-1940).  Après des études à la « Zeitouna » et un voyage au » Machrek », il s'établit en Algérie comme enseignant libre et lance en 1925 le journal « Al mountakid «  puis « Al-Chihab ».  La Nahda apparut comme une réponse au système de l’enseignement colonial mais aussi « comme un phénomène politique, une poussés nationaliste, une tendance vers une révolution politique... » (13).

        Le 5 Mai  1931 à Alger (3), sous l'influence du cheikh Ibn-Badis est née l’Association des Oulémas Musulmans Algériens (A.U.M.A.). Commença alors la dure lutte. Les Oulémas, contre le système d’enseignement  colonial en Algérie, opposèrent un système d'enseignement musulman en langue Arabe.  Ils créèrent des Medersas ou Ecoles libre, c’est l'aboutissement d'un processus qui était engagé en Algérie, qui allait connaître une nouvelle dimension, une forme d’opposition à la politique française  en Algérie  apparut!.

            Après une longue période de lutte politique, le mouvement nationaliste prit de l'ampleur et décida de passer à la lutte armée.  Novembre 1954; c'est la guerre pour la reconquête de l'indépendance avec tous ses affres et ses horreurs.  Le 19 Mai 1956, l’ UGEMA,  l'Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens Association des Etudiants Musulmans Algériens, Section Alger, lançait son fameux appel à la grève aux étudiants algériens de l'Université,:" Avec un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres! A quoi donc serviraient ils ces diplômes qu'on continu à nous offrir pendant que nos mères, nos épouses nos sœurs sont violées, pendant que nos enfants, nos vieillards tombent sous les mitrailles, les bombes de napalm ? Et nous, les « Cadres de demain », on nous offre d'encadrer quoi?, d’encadrer, qui?... Les ruines et les monceaux de cadavres. Notre passivité face à la guerre qu'on mène sous nos yeux nous rend complices des accusations ignobles dont notre vaillante armée  nationale est l’objet. La fausse quiétude dans laquelle nous sommes installés ne satisfait plus nos consciences ... Il faut déserter les bancs de l'Université pour le Maquis!. »

            Quelques mois plus tard le 18.02.1957, Mouloud Féraoun l’écrivain Algerien lâchement assassiné par cette même organisation qui detruira la Bibliotheque envoyait une lettre à  Albert Camus ;nous replonge dans la même logique d’Avec « un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres! De l’UGEMA:« …Ceux qui m’ont parlé en langage clair la semaine dérniére m’ont dit que je n’étais pas français. Ceux qui sont chargés de veiller à la souveraineté de la France, dans ce pays, m’ont toujours traité en ennemi, depuis le début des événements. Tout en me traitant  en ennemie, ils voudraient que j’agisse en bon patriote français, même pas,Ils voudraient que je les serve tel que je suis. Simplement par reconnaissance, vu que la France a fait de moi un institutteur, un directeur de cours complémentaire, un écrivain, vu qu’elle me verse une grosse mensualité qui me permet d’élever une famille nombreuse. Simplement on me demande  de payer une dette comme si tout ce que je fait ne méritait pas salaire, comme  si cette école avait été construite pour mon plaisir et remplie d’éléves pour me distraire, comme si mon « instruction » était un cadeaux généreux qui ne m’a couté que la peine de tendre la main pour le ceuillir , comme si ce talent d’écrivain dont je suis un peu infatué était un cadeau, involontaire cette fois mais non moins généreux, déstiné de toute évidence à défendre la cause de la France au détriment des miens qui ont peut être tord mais qui meurent et souffrent dans le mépris ou l’indifférence des nations politiques. Simplement on me demande de mourir en traitre moyennant quoi j’aurai payé ma dette »

            Répondant à l'appel, les étudiants quitteront l'Université après avoir tant souffert et lutter pour y accéder comme le montre ce tableau qui recense les étudiants musulmans algériens inscrits à cette Université de 1939 à 1962:

Année

 

Lettres

Droit

Med

pharm

Sciences

Total

Garçons

Filles

%

Etudiant

Total

Etudiant

1939-40

35

14

30

10

89

89

0

4.7

1866

1940-41

43

15

67

22

147

135

12

3.9

3773

1941-42

43

12

74

19

148

140

8

3.9

3879

1942-43

35

17

80

12

144

143

1

4.4

3212

1943-44

35

16

107

31

189

173

16

5.4

3476

1944-45

60

23

102

44

229

213

16

5.5

3128

1945-46

52

91

165

52

360

331

29

7.2

4978

1946-47

51

61

74

41

227

203

24

4.8

4702

1947-48

59

74

92

38

263

231

32

5.7

4558

1948-49

62

102

84

34

282

251

31

6

4639

1949-50

81a

85a

105a

35a

306a

262a

44a

6.3

4833

1950-51

117

150

71

48

386

355

31

8.8

4346

1951-52

122

148

109

63

442

408

34

9

4913

1952-53

199

181

113

81

572

539

33

10.4

5478

L953-54

165

179

101

62

513

489

24

9.9

5149

1954-55

188

196

123

82

589b

538

51

11.4

5172

1955-56

260

193

128

103

684b

617

67

13

5198

1956-57

106

91

17

53

267b

245

22

5.6

4700

1957-58

168

161

71

51

421b

370

51

8.7

48l5

1958-59

127

243

59

101

530c

472

58

9.7

5454

1959-60

243

276

100

195

814c

701

113

12.4

6553

1960-61

449

420

150

271

1317c

1145

172

18.1

7848

1961-62

-

-

-

-

1372c

-

-

-

-

a =  Exposé de la situation générale de l’Algérie en 1950.

b =  Y compris Tunisiens et marocains de 1954 à 1950.

c =  A  partir de 1958-59, ceschiffres comprennent vraisemblablement les étudiants

     inscrit dans les nouveaux centres universitaires d'Oran, Tlemcen et Constantine.

                 L'université va vivre les évenements : elle connaîtra la violence, les étudiants boycotteront les cours, l'armée occupera son enceinte, La Gaillarde* en fera son Poste de Commandement.

                 Elle fut fermée après l'attentat de la nuit du 7 au 8 avril 1962, qui détruisit, plusieurs laboratoires.  Un deuxième attentat au mois de juin de là même année détruisit les bureaux donnant sur la cour d'honneur.  Les enseignants et le personnel fuirent cette université qui a tant donné aux uns et aux autres.  Les archives furent transférés vers la Métropole un certains début de juin 1962 (14).  Il n'y a, plus rien a espérer, l’organisation des tenants de 1'Algérie Française (O.A.S) peut détruire!.

                 Le 7 Juin 1962, trois bombes explosaient dans la bibliothèque, bâtiment central del'Université.

Ainsi se termina la première épisode de cette université qui  « fut détruite par ceux là même qui se vantaient d'avoir apporté la civilisation à un pays inculte » (15),  victime de l'imbécile « Politique de la terre brûlée ».

                 Notre but à travers ce mémoire n'est pas l'Université d'Alger mais sa bibliothèque « cheville ouvrière de l'université » et qui comme toutes les bibliothèques de l’époque coloniale répondait à cette définition de Monsieur ROUSTAN : « Les bibliothèques répondent à un triple besoin: Compléter l'enseignement donné par les colons pour permettre aux colons d'origine étrangère d'acquérir une meilleure connaissance de notre parler et de notre littérature, donner à l’indigène non seulement un aperçu de notre  culture mais aussi  la fierté de la sienne » (16)

                 C'est cette institution, sa naissance et son évolution, son organisation et ses fonds que nous allons voir dans cette seconde partie.

 

*Officier de l'armée française, député, défenseur acharné de l’Algérie française, chef des  U.T., héros du 13 mai.  Il occupa l'université d'Alger avec plusieurs voitures bourrées d'armes et d’explosives et menaça de se faire sauter dans l’université. Il se rend avec ses 780 hommes à l'armée loyaliste.

3 - Sur la bibliothèque universitaire et son évolution:

           Dés sa naissance, l'école de Médecine tirait une fierté de sa petite bibliothèque, de 700 à 800 volumes, provenant du Ministère de la Guerre, du corps médical et en particulier des legs du chirurgien en chef de l'armée, monsieur Chevreau à l’hôpital d'instruction ou il enseignait.

         En 1857, le décret créant l'établissement d'enseignement supérieur prévoyait que le siège de cette école serait établi à Alger, dans un terrain domanial, mais faute de  place, l'école se contentera d'un local sis rue René-Caillé.  La bibliothèque de l'école y occupera un moment une petite salle.

           Avec la loi du 20 décembre 1879, comme nous l'avons mentionné dans la partie précédenteet relative à l'enseignement supérieur en Algérie, les écoles de droit, des lettres et des Sciences nouvellement créées, élisaient domicile dans un bâtiment sis 3 rue Scipion.  La bâtisse, vieille maison de style mauresque ayant servi de lieu de résidence au Dey Ahmed de Constantine, ne pouvait contenir et les Ecoles et la bibliothèque (surtout qu'en 1880, le fonds de l'école de Médecine fut versé au commun des trois nouvelles Ecoles, rendant ainsi la bibliothèque un établissement  affecté aux besoins commun de l'enseignement supérieur).  Aussi, elle occupa du juin 1880 au 13 mars 1884 un local situé au N° 15 du passage Malakoff. Mais même là,  elle ressemblait plus à un dépôt qu'a une bibliothèque:  « Au premier étage, dans un réduit, sur quelques rayons poudreux, un tout petit lot de livres quelconque, la bibliothèque en avait, parait-il, reçu d’autres, mais faute de rayonnage et de places pour en installer, ces livres fantomatiques dormaient dans une cave, dans le cercueil de leurs caisses clouées »  (17).

         Ne pouvant répondre à leurs besoins, faute de place et d'ouvrages, les étudiants se dirigeaient vers la bibliothèque-musée (B.N.) pour consulter des ouvrages, et faciliter le travail des étudiants suivant des cours par correspondance, une bibliothèque  circulante, indépendante de la bibliothèque des Ecoles, fut créé en 1881, mais faute d'emprunteurs et cessant complètement d'être sollicitée, elle entra vite dans l'oubli.

         A partir du 13 mars 1884, on retrouve la bibliothèque des Ecoles dans un vaste immeuble de la rue Henri Martin, place quelle ne quittera que pour s'installer et définitivement dans les bâtiments de la future université d'Alger, dont les travaux commencèrent en 1884, en vertu de la loi du 20 décembre 1879 relative à l'enseignement supérieur.  La bibliothèque possédait alors quelques « 14000 volumes » (18).

        Le 13 avril 1867, dans la grande salle de la nouvelle bibliothèque des Ecoles, dont les travaux touchent à leur fin, trois ministres inaugurèrent les nouveaux bâtiments des Ecoles d'enseignement supérieur d'Alger, ou la place d'honneur fut réservée à la  bibliothèque.

        Le 28 janvier 1888, la bibliothèque prit possession des locaux qui lui sont réservés dans le nouveau bâtiment situé dans une enceinte clôturée.  Le  bâtiment par son béton, son insolite architecture, ses impressionnantes colonnes représentait l'opulence du progrès colonial et la grandeur d'une « mission civilisatrice » devant la misère matérielle et scientifique de la ville Arabe.

Le Bâtiment : Description :

                  Jules Ferry Ministre de l’Education Nationale de l’époque, en 1887, visita les Ecoles en construction.  En pénétrant dans la grande salle de lecture de la future bibliothèque, il s'exclama: « Voilà une salle manquée. quel dommage! » (l9).  Cette prophétie, nous la retrouverons formulée dans la totalité des rapports de/sur la bibliothèque.  Elle constituera l'un des problèmes clef de la bibliothèque universitaire d’Alger, sensible encore à nos jours.  Déjà en 1922, un rapport du bibliothécaire regrettait « que la disposition topographique au milieu du bâtiment de l'Université s'oppose à tout agrandissement normal de la bibliothèque » (20).

                 En effet, la disposition topographique de la bibliothèque, constituera l'unique obstacle pour toute extension.Le bâtiment réservé à la bibliothèque, occupe la partie centrale faisant face Nord-Est, l'école de Médecine et l'école des Sciences l'encadrent des deux cotés ainsi que la cour d'honneur qui sort de trait d'union aux deux Ecoles.

             En l'absence de l’ancien plan de la bibliothèque, et afin d'éviter toute confusion en donnant libre cour à notre imagination, écoutons monsieur Louis Paoli, ancien bibliothécaire nous l'a décrire telle qu'elle était en 1888:« ...On accède à la bibliothèque, des deux cotés, par deux escaliers qui aboutissent à deux paliers assez vastes.  La bibliothèque se compose d'une grande salle et de quatre salles annexes.  La grande salle mesure 43 mètres de longueur sur 09 mètres de largeur et d'une hauteur de 08 mètres.  De forme rectangulaire ... cette grande salle est éclairée de façon très satisfaisante grâce à l’exposition Nord-Est et à 18 fenêtres de dimensions très grandes, Placées à 03 mètres du rez  de chaussée. Les  09 fenêtres de façades mesurent 03 mètres 75 de hauteur sur 03 mètres de largeur. Les 09 autres fenêtres sont parallèles aux premières ... « (21)

En 1953:Construction de deux magasins par surélévation des deux ailes (bâtiment de la géologie et bâtiment de la médecine).  Ces travaux ne sont d’ailleurs qu’une reprise d’exécution du plan d’extension de la B.U. d'Alger décidé en 1938 mais interrompu par la 2ème guerre mondiale.

1954-1955:La surélévation de l'aile de Géologie, a doté la B.U d'Alger l'un magasin de 15 mètres sur 08 mètres, à deux niveaux, d'une hauteur totale de O4 mètres 50 avec un rayonnage métalliques comprenant 1680 mètres, permettant de recevoir environ 45.000 volumes et d'un appartement de service pour le conservateur.  La surélévation de l'aile de Médecine en 1955-1956 a permis à la B.U .d’Alger d'avoir un nouveau magasin à deux niveau également.  De 31 mètres 77 sur 08 mètre avec une hauteur totale de 04 mètres 45.  Les rayonnages de ce magasins ont une largeur de 3 mètres 60.

B. Les Fonds:

« L’organisation des bibliothèques est aussi fondée

sur l'application de l’idéologie dominante »…

Robert Estivlas.

       Etablissement commun aux quatre facultés, unique institution documentaire desservantl'Université, le fonds de la bibliothèque ne pouvait être que variés, touchant l’ensemble des sciences enseignés. Etablissement appartenant à un système, à une puissance colonisatrice, la bibliothèque est soumise aux mêmes règlements, instructions et organisation bibliothéconomique qui gèrent les B.U. de la métropole.  En 1855, une circulaire définit les B.U. comme étant : «  en premier chef un de ces services communs par lequel doivent s'unir et se rapprocher des facultés d'un même centre ... (22). Mais leur rôle en Algérie est tout autre.  La B.U. n'existe que pour servir une vision coloniale bien déterminée, basée sur le fameux principe de la « mission civilisatrice ».

            En 1931, lors de la tenue du congrès international d'Alger sur la lecture publique Monsieur Roustan, dans sa communication, en traçait les grandes lignes :  « … les bibliothèques (en Algérie) répondent à un triple besoin: compléter l'enseignement donné par  les  écoles,  permettre  aux  colons  d'origine   étrangère  d'acquérir   une   meilleure connaissance de notre parler et de notre littérature, donner à l'indigène non seulement un aperçu de notre culture mais aussi la fierté de la sienne » (23).  La bibliothèque acquiert ses documents soit par achat, dépôt (thèses), soit en échanges ou dons et legs.  Une circulaire datant de 1886 fixe les modalités d'acquisition  dans les B.U. et par conséquent leur politique d'achat.  La responsabilité des achats, incombe à une commission composée de professeurs qui sont nommés pour une durée de trois années après élection par l'assemblée des facultés.  Cotte omission selon la circulaire « ne devra pas se tenir pour obligée de satisfaire à toute les demandes, car les achats d'une B.U. ne doivent pas être dirigés d'après les mêmes règles que les acquisitions personnelle d'un particulier ou même celle d'une bibliothèque destinée à un grand public... l'objectif de la commission être l'enrichissement réelde la bibliothèque, l'augmentation du nombre des instruments de travail » (24).

               Afin de clarifier ces fonds, nous avons jugés nécessaire de les traiter par type de documents: Monographies, Thèses, Périodiques et enfin Collection spéciales.  Les fonds sont rangés sur les rayons suivant une série de numéro non interrompu les formats sont pris en considération et ceci en application de l’instruction du  4 mai 1878 relative à l'organisation bibliothéconomique des services des B.U. qui « cherchait à simplifier le travail du personnel et utiliser au maximum les locauxtoujours insuffisants » (25) ce qui explique le système d'enregistrement (inscription sur des registres jouant le rôle de registre d’inventaire et topographique) et classement (classement par ordre d'entrée et formats).

1.- Monographies:

            Le nombre AFNOR Z 44050 les définit  comme étant des « ouvrages formantun tout, en un ou plusieurs volumes, soit qu'ils paraissent en une seules fois, soit que sa publication s’étende sur une durée limitée selon un plan établi à l’avance »(26).

Ces ouvrages sont distribués à la B.U. d'Alger de la façon suivante:

  • Ouvrages comprenant les formats « In folio » avec un numéro initial qui va de 1 jusqu'à 5000.
  • Une tranche numérique de 5001 à 20000 pour les ouvrages "In quarto".
  • La tranche numérique allant de 20001 jusqu'à 60000 est réservée pour les « In octavo » et  autres.

            Dans cette catégorie d’ouvrages dits complets, les collections, les suites ou ouvrages définitivement incomplets, on précède le chiffre de la lettre (P) qui veut dire provisoire. Leur nombre a suivit une évolution normal à quelques exception prêt: La 2ème guerre mondiale et la guerre nationale pour la reconquête de l'indépendance.

           Les chiffres que nous avons trouvés, exception faite pour l'année 1888 et quelques autres périodes, mélangent dans les nombres monographies et périodiques.  Nous somme remonter le plus loin possible dans le temps afin de suivre l'évolution de la B.U d’Alger en matière d’acquisitions:(Sources : Archives B.U)

Année

Nombre de volumes (monographie et périodique)

Total du F.Général

1882

8104

20812         (1)

1888

7615

22000         (2)

1900

37309

110079     (3)

1909-1910

54677

179680     (4)

1914

53469

201558     (1)

1919

73606

233394     (4)

1920

61165

237052     (1)

1930

92261

291218     (1)

1936

1241362

333242     (1)

1938-1939

138168

352307     (2)

1952-1953

211085

445746     (1)

1954-1955

221904

459451     (1)

1957-1958

242770

486361     (1)

 

                      Dans le tableau que nous avons présenté, nous n'avons pu suivre l'évolution par année mais les Archives que nous avons consultés, révèlent que la guerre mondiale a eu ses répercutions sur les acquisitions de la B.U. d'Alger (Diminution du budget, manque de personnel, mobilisation, diminution de la production dans le monde de l'édition et enfin les difficultés d'achats...). Le « Rapport sur la situation de l'Université et des facultés pendant l'année 1940-1941 » nous révèleque « l’accroissement de la B.U. d’Alger, lui avait subit un arrêt presque total les journées sombres de 1940, a reprit dans une certaine mesure à partir du début de l'année scolaire » (27).

                     Durant l'année 1943-1944, avant leur départ vers l'Angleterre, des personnes privées ont fait don de leur bibliothèques privées à la B.U d'Alger. C'est ainsi que la B.U. s'est trouvé bénéficiaire d'un fond spécial qu'elle désignera par « Br.C »(British Council).  Ce fond est constitué de monographies, de périodiques, de suites et de collections.  Il n'est pas spécialisé.  Ce fond, a pour son usage deux registres (Br.C.) avec un titre.,"Don British Council" et un catalogue alphabétique auteur.  Des tranches numériques sont attribuées à chaque format:

  •  Pour les "In folio" du numéro 1 au numéro 71.
  •  Pour les "In quarto" du numéro 100 au numéro 300.
  •  Pour les "In octavo" du numéro 361 au numéro 3496.

2. Thèses :

                         « Une thèse est un mémoire faisant part des travaux originaux soutenu devant un jury, en vue de l'obtention d'un grade universitaire » (28).

                   Au départ, ces thèses provenaient essentiellement des échanges universitaires.  En 1888, dans sa présentation de la bibliothèque des Ecoles (Future B.U.), monsieur L.Paoli soulignait que pour les thèses "Nous avons maintenu la distinction des formats et surtout les instructions ministérielles du 17 février 1883 sur le classement des publications académiques.  Nous avons considéré chaque groupe d'université comme un recueil périodique..."(29).

                   Une tranche numérique est réservée à ces publications, elle commence à 70000 et un numéro par université ou faculté. Ainsi par exemple, les thèses soutenues à

                   L'université d’Alger avait le numéro 70009 pour la faculté de droit, 70010 Pour la faculté de Médecine, 70011 pour la Pharmacie, 70012 pour la faculté des Sciences et 70013 pour la faculté des Lettres.

            Comme les B.U. de la métropole, la B.U .d’Alger était soumise aux mêmes instructions, comme  nous l'avons dit plus haut. En 1808, un décret institutionnalisait le doctorat en 1809, pour des raisons administratives, un arrêté prescrivait aux candidats le dépôt d’un nombre donné de leur travaux devant le maître de 1'université.  «  En 1841, une circulaire introduit une notion nouvelle, celle des échanges entre les diverses facultés de France, elle réclame le dépôt supplémentaire d’un nombre de thèses égal à celui des facultés » (30).

              Mais il faut attendre les années 1922 et 1923 pour voir lenombre de dépôt de thèses fixé par deux arrêtes :  « Lettres, Sciences et Droit : 95 exemplaires à paris et 80 exemplaires dans les départements; pour les thèses de Médecine, 105 et 90 exemplaires...Les exemplaires déposés doivent être répartis entre les membres du jury,les collections des facultés, le ministère de l'éducation nationale,six établissements scientifiques de Paris parmis lesquels la B.N.,les 17  B.U.françaises et quarante quatre B.U.étrangères (31).

                 Voyons maintenant l'évolution des entrées des thèses à la BU d’Alger

Année

Nombres de volumes (Thèses).

1882

12708* 

1888

22410**                                                   

1900

72770***          

1905

99000*             

1909-1910

124803**          

1914

148089***          

1920

175988

1930

194957*** *

1934

203583***        

1936

208385***        

1938-1939

214139**

1940-1941

219203***         

1952-1953

234661*           

1954-1955

237547*           

1957-1950

243591*         

Sources:  *  PAOLI Ll’enseignement supérieur à Alger.  Page 10

                                        ** Université D’Alger cinquantenaire .... page 221

                                        ***Archives BU d’Alger

3. Périodiques:

            « Un périodique est une publication ayant un titre stable, une périodicité régulière généralement annoncée, une durée non limitée, réunissant articles rédigés par différentes personnes et présentées dans un sommaire.  Généralement, les différents numéro d’un périodique sont numérotés soit par année, soit  par ordre séquentiel continu depuis sa date de création.  Il arrive qu'un périodique subisse quelques transformations: changement de formats, de titre, de périodicité, de numérotation: ces changements doivent bien entendu être pris en compte dans les différentes étapes de traitement ... « (32).

            A la B.U. d'Alger, dans le traitement de ce type de documents, le format est prit en   considération (dans la période d’avant l'incendie).  La tranche numérique réservée aux périodiques est de « 60.000 » à « 69.999 » .  La numérotation par formats est ainsi  distribuée :

  • Périodiques « In folio » de 60001 à 61000.
  • Périodiques  « In quarto » de 61001 à 63000.
  • Périodique « In octavo » de 63001 à 69999.     

            Le dépouillement ou bulletinage se fait sur des registres.

            En 1888, le nombre de revues s'élève à "513" titres formant 10000 numéros (33), de ce chiffre, 160 titres proviennent des abonnements, 58 titres en don et 60 titres envoyés par le ministère et repartis selon les disciplines suivantes: 87 revues en droit, 125 revues en médecine et Pharmacie, 129 revues en Sciences et 177 en Lettres.

           L’évolution de ces revues a suivit un cours normal, les statistiques que nous avons pu avoir, les intègrent avec les monographies.

           En 1959, la B.U.d'Alger possédait « 1275 collections de revues périodiques dont 630 étrangères » (34).

4. Collection spéciale:

            Dans ce fonds, nous avons intégrés tous les documents autres que les monographies courantes, thèses, périodiques.  En plus des livres anciens, nous avons intégré les cartes, les microfilms, manuscrits.  Le terme "Collection spéciales" ou "Fonds spécial" désigne les documents publiés avant la parution de la bibliographie française (1811).

            Sont anciens: Tous les manuscrits (documents en principe unique aussi bien médiévaux que récent et ordinaires ou dactylographiés pour l'époque moderne), les incunables, tout les imprimés du 16ème siècle, les livres originaux par leurs tailles, ou leurs formes..., les livres numériquement rares (tirage de luxe ou tirages restreints, unica-édition ancienne dont ne subsiste qu'un seul exemplaire, les livres à reliure exceptionnelle...les livres ayant appartenus à une personnalité (relieure, armoirie, ex-libris, envois, notes manuscrites, annexes, photos...) (35).

            Nous aurions pu intégrer dans cette catégorie, les documents imprimés à Alger, dès l'installation de l'imprimerie dans ce pays (1850). Mais dans cette définition à part les manuscrits arabes et les cartes, tous les autres documents  considérés comme appartenant au "Fond Spécial" ou "Collection Spéciale", sont intégrés dans la catégorie des ouvrages simples, dans la tranche numérique réservée aux document du même formats et ne bénéficient d'aucun traitement spécial à part quelques un mis en "Réserve".

Manuscrits arabes :

            Dans sa présentation de la bibliothèque en 1888, monsieur L.Paoli nous fait savoir que « la cinquième classe comprend les manuscrits, nous avons suivit les prescriptions de la note ministérielle publiée au mois de mars l877 sur le classement des manuscrits" (36).

            S'il y a un fonds qui a le plus soulevé de questions, de contradictions, de silence, c'est bien ce fonds là.  Nous avons très peu de renseignements  le concernant.

            En 1882, dans un "rapport sur la situation de travail au 19 mars 1882", on peut lire en observation : «  Le catalogue d'ouvrages du fonds est terminé, sauf les ouvrages et manuscrits en langue arabe dont veut bien se charger monsieur le professeur d'Arabe » (37).  En 1888, la revue internationale de l'enseignement supérieur en recense "37" (38) puis le silence.  Aucun renseignement sur leur mode d’acquisition: achats?, dons?, "dépôts"? à la B.U. d'Alger des Médersas?, est-ce une part du "butin" ramassé par "Berbrugger André chargé par le Gouverneur de la, formation et de la conservation d'une Bibliothèque à Alger (39) et partagé entre la bibliothèque des Ecoles et la B.N.?

            Durant notre recherche, nous avons trouvés quelques manuscrits oubliés dans un coin des rayonnages de la B.U. et nous avons trouvés quelques fiches, mais nous ne pouvons avancé un chiffre même approximative quand au nombre global. 

            En 1940, le 26 août, le bibliothécaire en chef de la B.U. d'Alger reçu une lettre du ministre secrétaire d’état à l'instruction publique et beaux-arts lui demandant s'il voulait bien « en raison des circonstances, envoyer au ministre de l'instruction publique (direction de l'enseignement supérieur, 1er bureau), un rapport faisant connaître :l ... 2..., 3: l'état actuel du bâtiment, des collections et du service….4: Le cas échéant, ce que vous pouvez savoir du sort des manuscrits et des livres qui ont été évacués ou mis à l'abri (40).

            Tout ce que nous savons c'est que la tranche numérique des manuscrits était une tranche spéciale tenant compte bien sûr du format et suivit de: MS. (manuscrit). La cote devient alpha numérique pour ce type de document:

- Les « In folio » de 1 à 500.

- Les « In quarto » de 501 à 2000.

- Les « In octavo » de 2001.

            Le problème qui se pose maintenant est de savoir s’ilexiste d'autres manuscrits inscrits dans une autre tranche numérique.  Nous avons trouvés un manuscrits en trois volumes (même s'il n'a aucune valeur scientifique ou historique: une histoireextraite des milles et une nuit écrite en dialecte marocain) inscrit dans la tranche Numérique réservé aux monographies. Pourquoi ce manuscrit était enregistré dans une tranche numérique qui n’est pas réservée initialement à ce type de documents ?

          Existait–il d’autres manuscrits dans le même cas et qui ont  «disparu » après l’incendie. l’ancienneté de ce fonds (1882), l’intérêt que porte un ministère à ce type de document, les contradictions, le silence de certaines personnes interrogées, nous permet d'avancer, sans  pouvoir le Justifier malheureusement que le fonds des manuscrits n'a pas été touché par l’incendie (nous n'avons vu qu’un seul brûlé mais transféré en France, probablement avec les archives de  l'université d’Alger ou victime d'un pillage systématique comme ce fût le cas pour la B.N. ou « certains colis le livres ont disparu et on avait trouvé les paquets prêt a être expédiés, raconte monsieur M-Bouayad ….qui indique que3000 manuscrits d’une  extrême valeur avaient été volés et retrouvés grâce à une  indiscrétion, stockés à I’Ecole  Normale de Bouzaréah, aumoment de leur expédition vers paris » (41).

               Il semblerait que les manuscrits de la B.U d’Alger n’ont pas eu autant de chance que ceux de B.N.

B. Livres  anciens:

            Il existe des livres très anciens et précieux (reliure, papier, caractère d’imprimerie ou contenu ... ), la totalité de ce fonds est actuellement en très mauvais état, n'ayant jamais bénéficiés et ne bénéficient jusqu’à présent d’aucun traitement de conservation  propre à ce type de documents. Pour cette catégorie de documents, nous rappelons uniquement qu’il existe des ouvrages datant de 1485, 1600, 1700 ainsi que des incunables dont le plus anciens , un incunable, date de 1483 en latin.

C. Cartes :

            La tranche numérique réservée à ce type de document va de 90.000 à 99.999 :

  • Une série allant de 90.000 à 92.999 pour les formats inférieurs à 95 cmX70cm.
  • Une série allant de 93.000 à 95.999 pour les formats supérieurs à 95cm.X70cm
  • La série allant de 96.000 à 98.999 est réservée pour les cartes formant les suites
  • Enfin le dernière série allant de 99.000 à 99.999 est réservée pour les cartes en rouleaux.

D. Microfilms :

            Les rares fiches que nous avons trouvé signalant des Microfilms sont celles de quelques manuscrits microfilmés.  La cote porte un numéro procédés de  M.F. (Microfilm).

Les catalogues :          

            A partir de 1952, la Bu d’Alger possédait deux catalogues  sur fiches.

Ces deus  fichiers se complètent : les  B.U. françaises  ayant adoptées le format international des fiches (12,5x7,5cm)

         Le deuxième catalogue comprend donc des fiches de tous les documents entrés à la Bu d’Alger depuis le 1er Janvier 1952.  Les deux catalogues comprennent chacun un catalogue Auteur et un Matière ainsi que les catalogues de fonds particuliers « qui sont en général des annexes du catalogue auteur » (42)

       Dans le premier catalogue (ancien fichier avant 1952), on trouve les catalogues des differents supprots :

  • Monographies,
  • Theses
  • Périodiques,
  • Fonds Arabe,
  • Don British Concil.

       Dans le nouveau fichier (année 1952), on  trouve les catalogues de : périodiques, fonds arabe, catalogue collectif régional (acquisition d’ouvrages étranger par d’autres bibliothèques de la région). La cote est indiquée sur la  fiche. Cette indication est précédé par le sigle de l’établissement ou se trouve l'ouvrage , thèse dactylographiées des universités françaises non reçus à Alger, thèses de médecine et de pharmacie « Auteur et Matières ».

            Avant de passer au service de prêt,  il convient de souligner ici que les ouvrages du fond arabe entrées à la BU d’Alger sont inscrits au même registre du fond  général. Les fiches du catalogues sont translittérés.

 6 .Communications :

A.Usuels :  Etaient mis en usuels : les Manuels, Dictionnaires .

                Ces livres étaient groupés par facultés et matières.  Elles n'étaient jamais prêtés à l’extérieur.  Outre la cote de  la, B.U., les usuels avaient un autre numéro (Indice CDU) qui indiquait leur emplacement dans la salle de lecture.

          En 1954-1955, le nombre d’usuels dans la salle des étudiants s’élevait à 843 ouvrages représentant un ensemble de 3969 volumes. Dans la salle des professeurs, il s’élevait à 572 formant un ensemble de 2823 volumes. Soit un  total de 6792 volumes mis en usuels.

B.Communication sur place :

               La bibliothèque  mettait à la disposition des étudiants des bulletins de demande sur lesquels, il indique les différents renseignements concernant l’ouvrage ainsi que sa côte.  Il les remettait au bureau de communication qui se trouvait au centre de la salle de lecture. Le nombre d’ouvrage communiqué sur place était limité à cinq. Si le lecteur désirait emprunter l’ouvrage à domicile, il se dirigeait alors ver le bureau de prêt.

C. Le prêt à l’extérieur:

             A la B.U.d'Alger, il était limité à trois ouvrages pour une durée de quinze jours. Un service de prêt  fonctionnait en faveur des lycées, collèges et principales bibliothèques de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie.

Jusqu’à 1962, les étudiants payaient les droit de bibliothèque, la somme était fixée à 600 Fr anciens annuellement.

          La bibliothèque était ouverte tous les jours sauf le dimanche, jours fériés et les vacances, pendant six heures par jours et ce jusqu’à 1943 et en deux séances de 8h30 à 11h30 et de 14h00 à 17h00 et ce suivant la circulaire d’application du 20 novembre 1886. A partir de décembre 1943, elle était pratiquement ouverte  de 8h30  à  21h00.

              Le service de prêt et communication de 8h30 à 17h30.

Voici quelques chiffres relatifs à la communication et les fréquentations de la BU d’Alger :

1888 :

  • Nombre de lecteur 3397
  • Nombre de volumes communiqués à la salle de lecture 8082 répartis entre professeurs 3667  et étudiants 4415.
  • Nombre de volumes prêtés à l’extérieur 2244 pour les enseignants, 856 pour les étudiants(43).

1942-1943 :  

         Nous remarquons cette année, malgré les événement de la deuxième guerre mondiale, que le nombre de lecteurs a sensiblement augmenté, il s’élève à 32073 et par conséquent le nombre de volumes prêtés 20331 (44). Il semble que la cause de cette augmentation malgré la mobilisation des jeunes a été évoquée par l’inscription des étudiants évadés de France, la présence à Alger de nombreuses personnes durant cette période et l’autorisation  au personnel des différents services du gouvernements provisoire françaises installé à Alger, de fréquenter la BU.

1951-1952 :

  • Lecteurs : 29556
  • Volumes communiqués : 73347
  • Volumes prêtés : 17993 (45)

1954-1955 :

  • Lecteurs : 26826
  • Volumes communiqués : 58680
  • Volumes prêtés : 17020 (46)

     Les rapports signalent que la  baisse du nombre d’ouvrages demandés en communication est dû à l’augmentation du nombre d’ouvrages mis en usuels mais nous pensons que la raison de cette baisse est d’ordre politique plus que bibliothéconomique. En effet, 1954-1955 marque le début de la guerre pour la reconquête de l’indépendance et par conséquent le départ de certaines familles vers la métropole et ou leurs fils pourront suivre en toute quiétude leurs études, ainsi que la peur de rentrer tard en plein guerre poussait les gens à appliquer le « couvre feu ».

       Nous ne pouvons terminer ce chapitre sans parler du personnel. En 1925, la BU comptait un bibliothécaire en chef, un bibliothécaire et quatre garçons de salle. Ce chiffre augmenta en 1954-1955 et était répartit comme suit :

Le Personnel de la Bibliotheque :

Personnel scientifique :

01 conservateur

02 bibliothécaires

 

Personnel technique  :  

03 sous-bibliothécaires

 

Personnel  administratif :

01 dactylographe

 

Personnel de service:

01 chef magasinier

02 magasiniers

13 gardiens

02 employés charges du contrôle et de la surveillance

 

           Dans ce tableau, nous avons respecté la division et les corps  telles qu’ils existaient à l’époque. Les besoins en cette année là, selon un rapport étaient de :

02 bibliothécaires , 01 dactylographe, 01 agent de bureau et 02 gardiens.

En 1958 :

  • 01 conservateur en chef
  • 04 bibliothécaires
  • 03 sous bibliothécaires
  • 02 sténo dactylographes
  • 18 magasiniers

        Dans  cette description de la bibliothèque universitaires d’Alger : Bâtiment, Fonds, nous avons essayé tant bien que mal de suivre son évolution afin de voir avec l’évolution de l’université dont la logique dominante étaitliée avec le système colonial qui avait pour objectif la formation d’une sous élite « truchements indispensable, intermédiaires technique  et transmetrice de modèles » (47). Le pourquoi de l’incendie de cette institution « culturelle et scientifique » dont le but était de contribuer au renforcement et le maintien de l’ordre colonial.

        En 1959, la B-U d’Alger a atteint un chiffre de « 500 000 » volumes avec un rythmes des entrés de « 8000 » à « 10 000 » volumes par an (48), elle atteignait en 1962 avant l’incendie presque 600 000 volumes (le chiffre officiel en 1962 n’existe pas).

          Le dernier « quart d’heure » de la présence française en Algérie sonna en 1960 selon les historiens, les événements se succédaient. La gaillarde en 1960 fit de l’université son P.Commandemant et de la salle des catalogues de la BU (selon les témoignages de monsieur KOUIDRI, KHENDEK et KHODJAT ) en infirmerie.

         En  1962 8 avril, dans la nuit du 7 avril, l’université fermait ses portes et partant celle de la bibliothèque, après l’attentat qui a détruit plusieurs laboratoires.

        Des autorisations furent délivrées aux enseignants pour franchir l’enceinte universitaire. « Un autre attentat au mois de mai, détruisit les bureaux donnant sur la cour d’honneur, et sur ce qu’il contenaient, en particulier les registres d’inventaires » (48).

       Le rapatriement du personnel de la bibliotheque de l’Université d’Alger vers la métropole (du Conservateur en chef et des bibliothécaires qui, après les premiers attentats de semonce, avaient été tous invités, en mai, à « suivre à Paris un stage sur l’application aux bibliothèques universitaires de la classification décimale universelle« ( 49 ) celui des archives de l’université d’Alger vers l’université d’Aix (50), tout cela suppose que le pire redouté par la bibliothèque lorsqu’elle fut fermée après le deuxième  attentat était fondé. Le 7 juin 1962, des mains criminelles, posèrent des bombes à l’intérieur de la bibliothèque, la plus ancienne institution culturelle et scientifique, le plus beau fleuron de la « mission civilisatrice » n’est qu’un amas de cendre.

    Pour illustrer cet acte criminel, nous avons fait « notre « ce passage de KEMAL BAKARSIC, conservateur de la Bibliothèque du musée national de Bosnie hérzégovine  :Commentant l’incendie de la  Bibliotheque Nationale et universitaire de la Bosnie : » Le ciel était obscurci par la fumée dégagée par les livres en flammes ; des pages calcinées flottaient et retombaient comme de la neige noire  dans toute le ville. Si on attrapaitt une page, on pouvait sentir sa chaleur et pendant un instant lire un bout de texte présentant l’étrange aspect d’un négatif en noir et gris. Puis la chaleur dissipée, la page tombait en poussiére entre nos doigts » In.BLAZINA Vesna.- Mémoricide ou la purification culturelle : La guerre et les bibliotheques de Croatie et de Bosnie hérzégovine.- Documentation et bibliothéque Octobre-décembre 1996 Vol.42 N°4  pp149-163



 

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